A la rencontre d'un site 

par Antonin Alliès, écrivain

« Oh, attends, c’est une histoire toute simple. Modeste, pour ainsi dire. Tu es là, tu marches, et tu fais la paix avec les choses. Tu n’es pas plus important que cette roche ou qu’une matta d’orties. Non, c’est une histoire aussi simple qu’une histoire d’homme qui aime à bichonner son clos ou son creux de vigne.

Ecoute : regarde cette pierre, elle garde encore en elle le geste et la façon. Et cette souche ! Et cet arpent de terre donc !

Alors, tu vois ?

Dis, je l’entends, moi, le journalier ; il cogne, il essarte, il épierre ; ici, c’est un solitaire ; là, ils sont deux ou trois. L’ancêtre a remué, moissonné, récolté ; ramené là, érigé ici : et quelle comptabilité ! Mais songe-donc au Castellas, à l’Ancienne Eglise... Penses-tu alors qu’ils les aient dressés pour le plaisir ces monceaux de pierres, les hommes ?

 

Dans son ample méandre, Belvézet c’est aussi quatre mas qui se rattachent à la roche, respectivement, chacun sur son piton de solitude, et qui de loin en loin se font comme des « coucou » quand leur toit pointe vers la Lune et que la brume erre dans les bas-fonds.

Oui, il y a la terre, il y a la roche et les hommes, et puis cet océan d’arbres qui moutonne sur le large des collines, avec, partout dessus comme une folie dans l’œil : du bleu ; mais du bleu parfois comme s’il en débordait ; un bleu qui se mélange à la joie et au Soleil.

 

Et puis, ici, c’est la bergère. Il n’est d’ailleurs plus besoin de la nommer, la bergère, il n’y en a qu’une que les genêts recueillent, et qui couve d’un œil paisible l’aire où s’ébat son troupeau. Mais quand file le jour, par la venelle du soir, c’est le chevrier, c’est le chevrier que j’entends.

Eh bien, il faut le dire, il y a encore des hommes et des femmes qui savent se servir de leurs bras et de leur tête ! Oh, dis, et j’ai goûté sa tomme, au type. Jean-Michel, tu connais ? Rien à envier à celle des Pyrénées, sa tomme. Et ses légumes, à Didier ? alors !

Mais alors, oui, c’est à se demander : pourquoi qu’y en a encore qui transhume vers les villes pour aller faire leur marché ?... Et pourquoi qu’c’est presque plus qu’en rêve qu’on les voit, ces bergers ? Oh, tu sais, les us et les coutumes… Bon, passons...

 

Moi, Belvézet, j’y viens m’y restaurer. Et j’en ai justement pour l’œil et l’estomac. Les papilles, tu comprends, ça ne pactise pas qu’avec le ventre : ça se passe aussi un peu dans la caboche ! »